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Emploi

Savoir-être et savoir-faire : des compétences à prouver, pas des qualités à réciter

Mélanie Durieux 7 min de lecture
Savoir etre et savoir faire : preuves sur fiches et post-it

Publié par : — Rédactrice spécialisée en emploi

Le savoir-faire désigne ce que vous savez réaliser ; le savoir-être, la manière dont vous agissez dans une situation professionnelle. Maîtriser un logiciel relève du premier, expliquer clairement un problème à un collègue relève du second. Ces compétences se complètent : une réalisation techniquement juste peut perdre de sa valeur si elle arrive trop tard ou si personne ne comprend son utilisation. Pour les identifier et les valoriser, mieux vaut partir de situations vécues que d’une liste de qualités.

Distinguer ce que l’on connaît, ce que l’on fait et la manière d’agir

La différence entre savoir-être et savoir-faire devient plus claire lorsqu’on ajoute une troisième notion : le savoir. Il correspond aux connaissances théoriques acquises par les études, la formation ou l’expérience. Connaître les règles comptables constitue un savoir ; enregistrer correctement une facture mobilise un savoir-faire ; demander une précision sans braquer son interlocuteur fait appel au savoir-être.

Infographie comparative sur le savoir être et savoir faire au travail, avec la place du savoir
Infographie comparative sur le savoir être et savoir faire au travail, avec la place du savoir
Dimension Définition Exemple professionnel Preuve possible
Savoir Connaissances que l’on comprend et peut expliquer. Connaître les règles de protection des données. Questionnement, examen, explication argumentée.
Savoir-faire Capacité à réaliser une tâche avec une méthode et des outils. Configurer les droits d’accès à un dossier partagé. Mise en situation, réalisation, expérience documentée.
Savoir-être Comportements mobilisés pour travailler et interagir de façon adaptée. Signaler une erreur et proposer une correction sans accuser. Exemple vécu, observation, retour de collègues.

Les savoir-faire sont souvent rapprochés des hard skills, et les compétences comportementales des soft skills. Cette distinction reste pratique, mais les frontières ne sont pas étanches. Animer une réunion exige à la fois une méthode, une capacité de synthèse et une écoute attentive.

Le savoir-être n’est pas une personnalité idéale. Être réservé n’empêche pas de coopérer, et être extraverti ne garantit pas une bonne communication. Ce sont les comportements observables, adaptés au travail demandé, qui comptent. De même, un diplôme renseigne sur un parcours de formation sans suffire à démontrer toute la maîtrise opérationnelle.

Voir les deux compétences à l’œuvre dans un même métier

Une liste de compétences prend son sens lorsqu’elle est reliée à une tâche précise. « Être organisé » reste abstrait ; préparer les informations nécessaires avant une intervention, puis prévenir le client d’un changement, montre ce que cette organisation produit réellement.

  • En vente : établir un devis conforme relève du savoir-faire ; écouter le besoin et reformuler une objection sans s’impatienter mobilise le savoir-être.
  • En maintenance : diagnostiquer une panne constitue une compétence technique ; signaler ses limites et demander un appui au bon moment traduit un comportement professionnel.
  • En gestion administrative : construire un tableau de suivi relève du savoir-faire ; alerter suffisamment tôt sur un dossier incomplet montre de la fiabilité.
  • En management : planifier l’activité nécessite des méthodes ; donner un retour précis et respectueux exige des compétences relationnelles.

Les deux dimensions se renforcent. Un diagnostic exact devient plus utile lorsqu’il est transmis clairement. À l’inverse, une attitude agréable ne remplace pas la capacité à accomplir une opération indispensable. Il n’existe donc pas de priorité universelle entre savoir-être et savoir-faire : leur poids dépend du poste, des risques et de l’autonomie attendue.

Dans le recrutement, l’attention portée aux soft skills accompagne notamment les besoins de coopération et d’adaptation. Pour autant, recruter sur le seul « bon contact » expose à confondre aisance sociale et compétence. Une évaluation pertinente examine les exigences techniques et les comportements nécessaires à la réussite dans le poste.

Faire l’inventaire de ses compétences à partir de preuves

Pour identifier vos atouts, reprenezz plusieurs expériences : emploi, stage, projet d’études, bénévolat ou responsabilité associative. Choisissez des situations où vous avez résolu une difficulté, livré un travail ou facilité une action collective. L’objectif n’est pas de tout retenir, mais de repérer ce que vous pouvez démontrer.

  1. Décrivez la tâche : que fallait-il réaliser, pour qui et avec quelles contraintes ?
  2. Précisez votre action : quels outils, méthodes ou gestes avez-vous utilisés personnellement ?
  3. Observez votre comportement : avez-vous clarifié une demande, négocié un délai ou sollicité de l’aide ?
  4. Relevez le résultat : travail validé, problème résolu, transmission facilitée ou erreur repérée.

Vous pouvez ensuite tenir un tableau personnel avec la compétence, la situation qui l’illustre et votre niveau d’autonomie : réalisation avec aide, réalisation autonome ou capacité à transmettre. Cette graduation est plus informative qu’une affirmation générale comme « bonne maîtrise ».

Adoptez aussi une posture de vigie : repérez les petits signaux qui précèdent une difficulté. Avez-vous remarqué une consigne contradictoire, une information manquante ou une surcharge avant qu’elle bloque le travail ? Notez ce que vous avez observé, à qui vous avez transmis l’alerte et avec quelle proposition. Cette veille discrète révèle des compétences souvent oubliées : discernement, anticipation et fiabilité dans la circulation de l’information.

Enfin, confrontez votre bilan au regard d’un collègue ou d’un responsable. Demandez « Dans quelle situation mon intervention a-t-elle été utile ? » plutôt que « Suis-je adaptable ? ». Vous obtiendrez plus facilement des faits exploitables, y compris sur des compétences que vous considérez à tort comme ordinaires.

Sur le CV et en entretien, remplacer les adjectifs par des situations

Sur le CV : sélectionner et contextualiser

Partez de l’offre d’emploi pour choisir les compétences pertinentes. Dans une rubrique dédiée, indiquez vos outils et vos savoir-faire avec leur usage : « Excel : tableaux croisés dynamiques pour le suivi des commandes » est plus précis que « maîtrise informatique ». Dans vos expériences, associez une action à un résultat vérifiable, sans inventer de chiffres.

Pour le savoir-être, évitez l’accumulation « dynamique, motivé, rigoureux ». Préférez une formulation ancrée dans le travail : « Coordination des informations entre l’accueil et l’équipe technique ». Cette phrase ne prouve pas tout, mais elle donne au recruteur un point concret à approfondir.

En entretien : expliquer votre contribution réelle

Préparez quelques exemples structurés autour de la situation, de votre responsabilité, des actions menées et du résultat. Pour illustrer l’adaptabilité, racontez un changement de priorité et la façon dont vous avez réorganisé votre travail. Pour démontrer la rigueur, expliquez votre procédure de vérification et ce qu’elle a permis de détecter.

Distinguez toujours votre contribution de celle du groupe. Vous pouvez reconnaître l’aide reçue tout en précisant votre rôle. Évoquer une difficulté et les ajustements réalisés est souvent plus crédible qu’un récit sans obstacle. Si vous débutez, un projet collectif ou une expérience associative peut convenir, à condition de rendre le lien avec le poste explicite.

Progresser sans chercher à changer de personnalité

Le savoir-faire se développe par l’apprentissage, la pratique et la correction des erreurs. Choisissez une tâche précise, exercez-vous dans des conditions adaptées, puis faites vérifier le résultat. Une formation apporte des repères ; la mise en application permet d’éprouver ce que vous savez réellement faire.

Le savoir-être se travaille lui aussi, avec des objectifs observables. Pour améliorer votre écoute, reformulez la demande avant de proposer une solution. Pour gagner en assertivité, entraînez-vous à exprimer une limite tout en proposant une alternative. Pour mieux coopérer, clarifiez les responsabilités et les échéances dès le début d’un projet.

Certains parcours associent apprentissage pratique et vie collective. Fregate-Hermione propose ainsi une formation de 126 heures sur 6 semaines, à raison de 21 heures par semaine. Avant de choisir un dispositif, examinez surtout les situations proposées, l’accompagnement et les modalités d’évaluation, plutôt que sa seule durée.

Pour votre évolution professionnelle, retenez un objectif technique et un objectif comportemental liés à la prochaine étape visée. Faites régulièrement le point sur les progrès observés. L’enjeu n’est pas de posséder toutes les qualités, mais de développer les compétences utiles au poste et de pouvoir montrer, concrètement, ce qu’elles apportent.

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